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Notre ambassadeur des sommets : le gelada

23 avril 2026

Parmi les animaux qui fascinent, les primates occupent une place à part. Leur regard soutenu, leurs expressions familières, leurs interactions sociales… tout en eux évoque quelque chose de nous. Ce n’est pas un hasard : ils sont nos plus proches cousins dans l’arbre que forme l’évolution du vivant. Les observer, c’est parfois comme se regarder dans un miroir aux contours flous. Au Zoo sauvage, où l’on présente des espèces des régions froides, il est certain que les espèces ne sont pas nombreuses. Après tout, ces animaux tendant à peupler des régions plus chaudes, comme les forêts tropicales d’Amérique du Sud, d’Afrique ou encore d’Asie. Pourtant, quelques espèces, comme nous, ont appris à composer avec les hivers rigoureux et les froids mordants.

Alors que l’Asie héberge certaines espèces plus nordiques, comme le célèbre macaque japonais ou l’intrigant rhinopithèque de Roxelanne, les primates adaptés aux climats froids sont rares sur les autres continents. Un cas particulier en Afrique, le gélada vit dans les hauts plateaux d’Éthiopie, à plus de 3000 mètres d’altitude. C’est un primate bien unique : il est le seul représentant encore vivant de son genre, Theropithecus. Proche parent des babouins, il s’est spécialisé dans un mode de vie singulier, celui d’un herbivore des hauts plateaux montagneux. Assis sur les fesses, il passe une bonne partie de sa journée à se nourrir d’herbes.

Son apparence frappe : une crinière imposante chez le mâle, de longs crocs, et surtout, une étrange zone de peau rouge en forme de sablier sur la poitrine, qui se gorge de cloques chez les femelles durant la période d’accouplement. Enfin, sa longue queue touffue, qui rappelle celle du lion, complète le tableau de ce primate hors du commun. Ce pelage fourni n’est pas qu’esthétique : il joue un rôle crucial pour affronter les températures fraîches et les vents violents des hauts plateaux éthiopiens. Là où les nuits sont froides et les conditions rudes, le gélada a développé une anatomie qui le protège tant du vent que de la grêle.

Si son allure le distingue de primates plus connus, le gélada n’en demeure pas moins un cousin relativement proche de l’humain. Il appartient, comme nous, au groupe des primates catarrhiniens, qui regroupe les singes de l’Ancien Monde, les grands primates et les humains. Bien qu’il ne fasse pas partie des hominoïdes – la lignée des grands singes, dont font partie par exemple le gorille et le chimpanzé – son comportement social complexe, sa communication riche en vocalisations et en mimiques, et ses relations hiérarchiques nuancées évoquent des dynamiques que l’on retrouve dans nos sociétés. Observer un groupe de géladas, c’est plonger dans une petite société tissée d’alliances, de conflits et de réconciliations.

En nature, les géladas vivent en vastes groupes qui peuvent parfois rassembler plusieurs centaines d’individus dans les hauteurs des monts Simiens. Bien qu’ils soient aujourd’hui classés à préoccupation mineure par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), leur population est en déclin. Plusieurs menaces pèsent sur eux : la conversion des prairies d’altitude en terres agricoles, la rivalité avec le bétail ou encore les tensions avec les agriculteurs, qui peuvent recourir à la chasse pour protéger leurs récoltes. À ces menaces anthropiques s’ajoute un enjeu bien connu dans notre contrée nordique : celui des changements climatiques. En effet, ceux-ci risquent de diminuer de plus en plus la taille de l’habitat naturel des géladas.

Au Zoo sauvage, le gélada joue un rôle d’ambassadeur pour les animaux des milieux extrêmes. Il incarne cette capacité d’adaptation qui fascine autant qu’elle interpelle, et offre une occasion unique de parler d’évolution, de climat et de cohabitation entre l’humain et la faune. Le Zoo est d’ailleurs le seul établissement au Canada à présenter cette espèce – une exclusivité qui permet de faire découvrir au public un primate à la fois étonnant, méconnu et profondément attachant. Et il nous rappelle aussi que les impacts des changements climatiques ne se limitent pas aux régions nordiques : même en Afrique, sur les hauts plateaux d’Éthiopie, la montée des températures et la transformation des paysages peuvent compromettre la survie d’espèces pourtant parfaitement adaptées à leur milieu.

David Pagé, biologiste
Directeur conservation & éducation

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